L’initiative : la Fresque du climat, 3 heures pour comprendre notre avenir

Quel que soit votre parcours scolaire ou universitaire, il y a certainement un sujet sur lequel vous n’avez jamais Ă©tĂ© formé : le dĂ©rĂšglement climatique. C’est pourtant une question clĂ© pour notre avenir, y compris sur le plan professionnel puisqu’elle va obliger les entreprises Ă  se transformer, et les salariĂ©s Ă  s’adapter. Rencontre avec Renaud Bonnel, ingĂ©nieur en bĂątiment et bĂ©nĂ©vole de la Fresque du climat, pour dĂ©couvrir cette initiative citoyenne permettant de comprendre le phĂ©nomĂšne qui est en train de bouleverser nos vies


La Fresque du climat, qu’est-ce que c’est  ? 

Renaud Bonnel : « C’est un outil formidable pour comprendre le changement climatique et la science qu’il y a derriĂšre, ainsi que notre avenir avec les changements profonds liĂ©s au climat et Ă  l’énergie que le monde est en train de vivre. C’est utile de comprendre la transition Ă©cologique Ă  opĂ©rer, et l’évolution des mĂ©tiers Ă  venir. De façon trĂšs pĂ©dagogique, la Fresque du climat se prĂ©sente sous la forme d’un jeu de 42 cartes, qui permet de rĂ©sumer en 3 heures d’atelier plus de 6 000 pages de rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). » 

Comment est nĂ© ce projet, et oĂč en est-on aujourd’hui  ? 

« La Fresque du climat a Ă©tĂ© créée en 2015 par CĂ©dric Ringenbach, un ingĂ©nieur inquiet des enjeux climatiques, qui l’a testĂ©e auprĂšs de ses Ă©tudiants Ă  Nantes et Ă  Toulouse. Il souhaitait diffuser ce savoir scientifique le plus largement et le plus rapidement possible. C’est pourquoi il a dĂ©cidĂ© de changer d’échelle en crĂ©ant toute une association autour de la Fresque et en passant le jeu en licence Creative Commons. 

L’objectif, c’est de crĂ©er la communautĂ© la plus large possible de gens ayant compris le sujet climatique, pour ensuite pouvoir collectivement mieux y rĂ©pondre. Aujourd’hui, ce sont environ 450 000 personnes qui ont Ă©tĂ© formĂ©es, y compris Ă  l’international, et on estime que ce nombre double tous les 6 mois. » 

Comment se dĂ©roule un atelier  ? 

 « C’est trĂšs « low tech » : il faut les cartes de la Fresque du climat, des grandes feuilles de papier, des feutres, un animateur
 Et bien sĂ»r se dĂ©gager les 3 heures nĂ©cessaires. 

On procĂšde gĂ©nĂ©ralement en 3 temps : d’abord, on se penche sur la science Ă  travers les diffĂ©rentes cartes. Chacune reprĂ©sente par exemple une activitĂ© humaine, un phĂ©nomĂšne physique, ou encore une consĂ©quence de tout cela. On va les lire attentivement, puis en rĂ©flĂ©chissant collectivement, les positionner les unes par rapport aux autres sur la grande feuille blanche qui deviendra la Fresque. À mesure que l’on crĂ©e des liens, une vision systĂ©mique des phĂ©nomĂšnes et du changement climatique va se dessiner. 

Au passage, on essaye de faire preuve de crĂ©ativitĂ© et de dĂ©corer tout ça pour garder un cĂŽtĂ© joyeux sur un sujet qui ne l’est pas forcĂ©ment. C’est d’ailleurs l’objet du second temps d’atelier : partager le sentiment de chacun des participants (en gĂ©nĂ©ral 6 Ă  8 par groupe) maintenant qu’ils ont compris la « big picture » du dĂ©rĂšglement en cours. Il peut y avoir de l’angoisse, de la colĂšre, un sentiment d’impuissance
 

C’est prĂ©cisĂ©ment le rĂŽle du troisiĂšme et dernier temps que de mettre les participants en mouvement et de leur faire comprendre qu’on peut tous agir. Tout le temps et Ă  tous les niveaux : on pĂšse dans notre quotidien, que ce soit en tant que consommateur, citoyen
 Ou dans sa vie professionnelle. » 

De plus en plus d’entreprises organisent des Fresques du climat pour leurs Ă©quipes. Quels bĂ©nĂ©fices en tirent-elles  ? 

« Pour une entreprise, organiser une Fresque, c’est d’abord une bonne occasion de faire un aprĂšs-midi de team building, ce qu’elles ont peu fait derniĂšrement avec le Covid. Surtout, c’est une façon de parler Ă  ses salariĂ©s d’un sujet qui va devenir absolument incontournable dans la prochaine dĂ©cennie, en mettant tout le monde au mĂȘme niveau d’information.  

Ensuite, puisque tout le monde a compris l’enjeu, cela permet d’aider l’équipe RSE, souvent isolĂ©e, Ă  rayonner de façon transverse dans l’entreprise. Dans chaque Ă©quipe, cela permet aussi de se questionner sur son activitĂ© et ses pratiques. Si, par exemple, je suis acheteur, cela va Ă  coup sĂ»r changer mon regard sur mes fournisseurs et les questions que je leur pose. » 

« Plus globalement, ĂȘtre animateur de la Fresque du climat, ou simplement avoir participĂ© Ă  un atelier de ce type, cela devient une information rĂ©guliĂšrement mise en avant sur LinkedIn ou sur les CV.

Renaud Bonnel, Ingénieur en bùtiment et bénévole de la Fresque du climat

En tant que salariĂ©, comment organiser une Fresque du climat dans son entreprise  ? 

« En tant que salariĂ©, on peut en parler par exemple Ă  son manager, aux ressources humaines, au service RSE
 pour que ça soit proposĂ© et organisĂ© en interne. Ensuite, soit les entreprises connaissent dĂ©jĂ  un ou plusieurs animateurs de la Fresque, et traitent directement avec eux, soit elles peuvent contacter l’association via son site internet. Le tarif est libre, mĂȘme si l’association donne un prix indicatif. Dans tous les cas, les animateurs reversent une part de ce qu’ils perçoivent Ă  l’association: c’est ce qui lui permet de vivre et de continuer Ă  diffuser le savoir scientifique. » 

Pour dĂ©multiplier la transmission du savoir, l’association forme Ă©galement des animateurs, dont vous faites partie. Qu’est-ce que cela vous apporte  ?  

« Me concernant, j’ai de longue date une passion pour les questions de climat et d’énergie. Lorsque j’ai entendu parler de la Fresque, c’était une Ă©vidence non seulement de faire l’atelier, mais aussi de m’y former pour partager Ă  mon tour, et ainsi susciter autour de moi le changement par l’exemplaritĂ©. Plus prosaĂŻquement, en plus de mon activitĂ© d’assistance Ă  maĂźtrise d’ouvrage bas carbone dans le bĂątiment, l’animation d’ateliers Fresque constitue une grande part de ma vie professionnelle : je pourrais largement ne faire que ça et en vivre. D’ailleurs, j’ai co-fondĂ© sur le mĂȘme modĂšle la Fresque de la construction, qui concerne spĂ©cifiquement mon secteur d’activitĂ©. 

Plus globalement, ĂȘtre animateur de la Fresque du climat, ou simplement avoir participĂ© Ă  un atelier de ce type, cela devient une information rĂ©guliĂšrement mise en avant sur LinkedIn ou sur les CV. À mesure que les entreprises, Ă  dĂ©faut de bien comprendre le climat, comprennent que la lĂ©gislation va les forcer Ă  changer, elles ouvrent de plus en plus de postes autour de ces questions et de la RSE. Ce n’était pas le cas il y a quelques annĂ©es. 

Je pense aussi que les animateurs dĂ©veloppent de vraies compĂ©tences, liĂ©es Ă  leur savoir scientifique, mais Ă©galement en termes de leadership et de travail collaboratif. Animer un groupe autour d’un sujet aussi complexe et questionnant que le dĂ©rĂšglement climatique, tout en essayant de construire un rĂ©cit positif qui n’inhibe pas l’action, c’est un sacrĂ© tour de force qu’ils rĂ©ussissent au quotidien ! » 

Participer Ă  une Fresque, suscite souvent un dĂ©clic, voire une prise de conscience, dĂ©bouchant sur des Ă©volutions professionnelles  ?  

« C’est trĂšs frĂ©quent, oui. Souvent, cela suscite de la dissonance cognitive chez les participants: ils comprennent que les modĂšles actuels, que ce soit pour leur mode de vie ou pour l’activitĂ© de leur entreprise, vont ĂȘtre chahutĂ©s. Et qu’il est plus facile d’anticiper cela en choisissant de changer soi-mĂȘme, que d’y ĂȘtre obligĂ© par la force des Ă©vĂ©nements Ă  venir. Pour autant, le changement demande du temps au niveau de nos sociĂ©tĂ©s et de nos modĂšles industriels, qui sont aujourd’hui trĂšs spĂ©cialisĂ©s, mais peu rĂ©silients. » 

Que pouvez-vous conseiller à ces personnes qui veulent changer  ? 

« Il n’y a pas de carte « solutions » dans la Fresque. Et mĂȘme si l’on peut donner des directions, c’est Ă  chacun de trouver les siennes en fonction de ce qui l’anime profondĂ©ment. Il faut prendre le temps de rĂ©flĂ©chir, de se former, et ne pas nĂ©gliger le dĂ©veloppement personnel. Dans mon cas, j’ai pris du temps pour me former, notamment via les nombreux MOOC (cours en ligne) qui existent et sont disponibles gratuitement. Je me suis dĂ©crĂ©tĂ© « ingĂ©nieur bas carbone » : ce titre n’existait pas, mais ça retranscrivait mes compĂ©tences. Aujourd’hui, c’est la rĂ©alitĂ© de ce que je fais. » 

Que diriez-vous Ă  celles et ceux qui hĂ©sitent encore Ă  franchir le pas de la Fresque du climat  ? 

« Prenez le temps de faire cet atelier : non seulement c’est un espace que vous vous offrez pour vous, qui va vous faire cogiter sur vos envies profondes
 Mais surtout cela vous permettra de mieux comprendre les bouleversements liĂ©s au climat et Ă  l’énergie.  

Enfin, cerise sur le gĂąteau: vous pourrez vous-mĂȘme devenir animateur. Vous serez alors Ă  votre tour le porte-voix de cette formidable initiative pĂ©dagogique, dont on espĂšre tous modestement qu’elle va contribuer Ă  inflĂ©chir la trajectoire actuelle et Ă  bĂątir un futur meilleur, plus dĂ©sirable
 Et, osons le mot, joyeux ! » 

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